motif camouflage classique

Le motif camouflage


Une grande partie du monde vivant maîtrise l’art du camouflage, sans même avoir conscience de ce talent pour le mimétisme. Les humains, en revanche, n’ont pas la capacité de devenir naturellement invisibles. Ils sont obligés de recourir à certains artifices tels que le motif camouflage pour se fondre dans un décor. Sa fonction première était de passer totalement inaperçu, mais ce n’est plus sa seule option depuis qu’il est un pattern incontournable dans la mode. Retraçons le parcours qui a conduit le « camo » de la stratégie militaire vers le design textile et la déco.


Le motif camouflage dans l’histoire militaire

Un pattern inventé pendant la « Grande Guerre » de 14-18

Cocorico ! Le motif camouflage a été inventé en France il y a un peu plus d’un siècle. Il a d’ailleurs permis à de nombreux artistes d'œuvrer au service de la nation durant la Première Guerre mondiale... L’idée a germé en Lorraine à l’automne 1914, au sein d’un groupe d’artistes influencés par les peintres cubistes. Le motif camouflage est un champ d’application pertinent pour ces nouvelles techniques picturales consistant à « décomposer » les images en effaçant leurs contours. S’inspirant de son caméléon apprivoisé, le peintre décorateur Louis Guingot crée le motif de la « veste léopard », le premier vêtement camouflage de l’histoire. Il propose le modèle à l’armée française, mais son idée n’est pas retenue. 

C’est un second projet, consistant à abriter les soldats et les pièces d’artillerie sous de grandes toiles peintes, qui va permettre au camouflage de s’intégrer dans l’univers militaire. Le procédé est conçu et expérimenté par Guingot, accompagné d’Eugène Corbin et Lucien-Victor Guirand de Scévola. Jouant de ses relations à Paris, Guirand de Scévola assure la promotion du concept auprès du gouvernement. Son potentiel stratégique convainc les autorités militaires de tester la méthode en conditions réelles, sur le front de Picardie. Essai concluant : le camouflage devient officiellement une nouvelle discipline militaire. 

De nombreux artistes s’engagent et rejoignent la section des camoufleurs, mettant leur talent et leur inventivité au service de la France pour créer différents procédés de camouflage indiscernables dans un environnement donné, ou capables de « brouiller » la perception visuelle de l’ennemi. Les motifs camo habillent de grands panneaux de tissus, mais aussi les chars, avions et navires de guerre. En 1917, trois ateliers français produisent chaque jour des kilomètres de « rideaux de verdure » pour répondre aux besoins sur le front.


L’art de la dissimulation à l’oeuvre dans l’armée

Le concept de « camouflage perturbateur » continue à se développer durant la Seconde Guerre Mondiale, porté par des camoufleurs non plus issus du milieu artistique, mais du monde scientifique. Depuis, les dessins ne cessent d’évoluer et de se diversifier pour fusionner visuellement avec tous types d’environnements. 

L’indiscutable efficacité du camouflage de guerre a conduit les corps d’armée de toutes les nations à adopter ces méthodes, en s’appuyant sur les dernières technologies pour optimiser les motifs. Il existe donc des centaines de motifs de camouflage militaire standardisés à travers le monde, chacun étant l’aboutissement de longues recherches. 

En 1973, l’américain Timothy O’Neil met au point le Dual-Tex, le premier motif camouflage militaire pixellisé, qui ouvre la voie à à un camouflage numérique particulièrement efficace. Mais la tenue camouflage considérée comme l’une des plus abouties à ce jour se nomme « ghillie ». Équipée de franges de fibres et de matériaux synthétiques, elle permet aux soldats de se confondre totalement avec leur environnement au point de devenir indiscernables, même avec des jumelles équipées de vision nocturne. 


Photographie illustrant un motif camouflage militaire classique


Le camo, entre conflits mondiaux et mouvement « Peace and love »

Dès la fin des années 60, sur fond de guerre du Viêt Nam, les militants américains pour la paix adoptent les uniformes des G.I. en signe de contestation. Ce contre-emploi transforme motif camouflage en symbole antimilitariste, lui permet de gagner en popularité et lui ouvre les portes de la mode. Dès lors, on le porte aussi facilement pour soutenir la guerre que pour dénoncer son absurdité. 

Bien qu’il soit toujours utilisé par l’armée, le camo est aujourd’hui un terrain de jeu pour les designers, particulièrement imaginatifs lorsqu’il s’agit de le détourner au profit de la mode ou de la décoration. Les créateurs aiment cultiver son ambiguïté ou en proposer des déclinaisons inattendues, aux antipodes de sa vocation première. Et si ce choix graphique peut parfois correspondre à un parti-pris assumé dans la collection d’un créateur engagé, le monde civil le dissocie clairement de toute notion politique.


Le motif camouflage pour la décoration d’intérieur

À moins de souhaiter créer une ambiance survivaliste, motif camo est rarement exploité en total look et au premier degré en déco. Détourné, réinterprété, revisité, le camouflage militaire n’a plus grand-chose de martial ni de discipliné lorsqu’il s’invite en intérieur ! Il s’intègre le plus souvent sous la forme de détails, par petites touches, dans des thèmes couleurs sobres ou audacieux, voire explosifs dans un esprit pop et décalé. Vagues ondoyantes, pixels, tachisme, feuillages, l’essentiel est de conserver l’essence du motif camouflage, soit par la forme graphique, soit par les couleurs.

Décliné dans une palette gaie et flashy, imprimé sur du linge de lit, animant un tapis, un plaid ou des coussins, c’est de cette façon qu’un motif camouflage trouve le mieux sa place dans une chambre d’ado. Dans des couleurs neutres ou en camaïeu, le papier peint camo apporte de la texture et une pointe de pep’s aux murs d’un salon, ou s’affiche en imprimé sur les rideaux et voilages. De loin, nul n’imite mieux la nature avec discrétion, mais de plus près, sa présence inattendue sait attirer l'œil sans en faire trop ! 


Photo d’un motif camouflage imprimé sur du papier peint


L’utilisation du motif camouflage dans le design textile

Dans le design textile, l’inspiration se puise partout, y compris à la source, c’est-à-dire dans le répertoire des motifs camo utilisés par les forces armées. En dehors de leur cadre d’utilisation, ces patterns militaires se libèrent de toute contrainte. Cette liberté permet aux créatifs de les réinventer totalement, en modifiant la taille des motifs, leur forme ou les combinaisons de couleurs utilisées pour mieux coller aux tendances. 

En attendant de découvrir les camouflages de la collection French Design by Textile Addict, offrons-nous un petit tour d’horizon des « vétérans du design militaire », ces motifs officiels que l’on croise désormais dans des contextes plus paisibles, imprimés sur des tissus et accessoires du quotidien. 

« Lézard » ou « Lizard » : Ce motif tigré et ses variantes ont été utilisés pendant plus de 30 ans par l’armée française et adoptés par une quarantaine de pays. À l’origine, ses « coups de pinceau » irréguliers s’étiraient à l’horizontale pour rompre les lignes verticales d’une silhouette humaine. Il était principalement utilisé dans des environnements boisés ou dans la jungle, où ses taches de couleurs vert pâle, brun et vert olive imitent à merveille la végétation dense, entre ombre et lumière.

« Bariolage Centre Europe » ou BCE : Ce grand standard de l’armée française est le plus couramment utilisé par les soldats évoluant dans les forêts européennes. Habillé de beige, de marron et de noir, ce motif rappelle la texture de l’écorce des arbres. À noter que l’armée suisse utilise une variante très proche de ce motif, déclinée dans des coloris beaucoup plus tranchés, mais admirablement bien adaptée aux paysages d’automne et aux tapis de feuilles mortes. 

« Forêt » : Le vrai nom de ce motif vintage porté par les soldats américains de 1981 à 2012 est "M81 Woodland". Conçu pour se camoufler dans les forêts et les environnements boisés, il est sans doute l’imprimé camo militaire le plus connu. Parfait pour se fondre avec les feuilles, les troncs d'arbres et le sol, il se compose de taches irrégulières vertes, brunes et noires.

« Desert » : Plus adapté aux zones sèches et sablonneuses, celui que l’on nomme affectueusement « Chocolate chip camouflage » ou plus sérieusement « DBDU » (Desert Battle Dress Uniform) se décline dans des tonalités assez chaudes de beiges, bruns, rouges et ocres. Il était destiné aux soldats devant évoluer dans les paysages désertiques, où les couleurs dominantes sont celles du sable et de la roche.

« Arid » : Son nom de code est DCU (Desert Camouflage Uniform), mais comme ses motifs ressemblent à des taches de café, on le surnomme « coffee stain camouflage ». Tout comme le camouflage « Desert », l'Arid est destiné aux environnements rocheux et aux zones semi-désertiques. Sa palette de nuances est un peu plus étendue et surtout moins contrastée, avec des nuances de beige, marron clair et gris, adaptées aux zones moins uniformes que les déserts.

« Multicam » : Ce camouflage composé de petites et de grandes taches superposées est conçu pour être ultra-polyvalent. Cet imprimé caméléon s'adapte à une large gamme d'environnements : forêts, étendues désertiques, zones urbaines... Il mélange des tons verts, bruns, beiges et jaunes, avec la particularité de ne pas représenter seulement des formes nettes, mais aussi des fondus de couleur. 

« Pixel» ou « Digital » : Les motifs pixelisés sont des versions modernes du camouflage qui utilisent des points et des blocs de différentes tailles. Ils sont conçus pour brouiller les lignes de la silhouette d’un individu en modifiant ses contours, et souvent utilisés dans des environnements urbains ou mixtes. Le plus connu est le « Marpat », conçu pour répondre à deux objectifs bien distincts, être à la fois invisible et personnalisé. Cet imprimé récent a bien sûr été développé pour être l’un des motifs les plus discrets à distance, mais aussi pour que son porteur soit immédiatement identifiable par les adversaires de près. 


Photographie d’un motif camouflage numerique


« Goutte de pluie » ou Strichtarn : Il est sans doute le plus sobre de tous les imprimés camouflage, et le plus facile à intégrer dans une tenue civile. Composé d’une multitude de lignes brisées parallèles de couleur brun rouge sur un fond vert de gris, ce motif d’origine allemande évoque des gouttes de pluie stylisées. 

Le « tas de feuilles » ou « Swedish camo M90 » : Selon ses couleurs, ce pattern se fond dans les forêts tempérées, les jungles tropicales, les plaines ou les déserts. Utilisé dès les années 1970 pour le camouflage de véhicules militaires suédois, le M90 ou FOA a la spécificité d’être composé de formes géométriques imbriquées. Cette singularité en fait d’ailleurs un camo un peu à part, mais très apprécié en design textile. 



Tableau récapitulatif des différents motifs camouflages 

Nom du Motif

Origine/Utilisation Militaire

Environnement Adapté

Caractéristiques Principales

Lézard (Lizard)

Utilisé par l'armée française pendant plus de 30 ans, adopté par 40 pays.

Environnements boisés et jungle.

Motif tigré avec des « coups de pinceau » irréguliers, teintes vert pâle, brun et vert olive.

Bariolage Centre Europe (BCE)

Standard de l'armée française, variante utilisée par l'armée suisse.

Forêts européennes, paysages d'automne.

Teintes beige, marron et noir rappelant l'écorce, version suisse avec des couleurs plus contrastées.

Forêt (M81 Woodland)

Porté par les soldats américains de 1981 à 2012.

Forêts et environnements boisés.

Taches irrégulières vertes, brunes et noires imitant feuilles et troncs d'arbres.

Desert (DBDU)

Conçu pour les zones désertiques et sablonneuses.

Déserts, zones sèches.

Tons beiges, bruns, rouges et ocres, parfois surnommé « Chocolate chip camouflage ».

Arid (DCU)

Développé pour les zones semi-désertiques et rocheuses.

Environnements rocheux et semi-désertiques.

Palette de nuances beiges, marron clair et gris, taches rappelant des « coffee stains ».

Multicam

Camouflage polyvalent, adapté à divers environnements.

Forêts, déserts, zones urbaines.

Mélange de tons verts, bruns, beiges et jaunes, combinant formes nettes et fondus de couleur.

Pixel (Digital)

Modernisation des camouflages, connu pour le motif « Marpat »

Zones urbaines ou mixtes.

Points et blocs pixelisés de différentes tailles, conçus pour brouiller les contours.

Goutte de pluie (Strichtarn)

Origine allemande, particulièrement sobre.

Facile à intégrer dans des tenues civiles.

Lignes brisées parallèles brun rouge sur fond vert de gris, évoquant des gouttes de pluie stylisées.

Tas de feuilles (Swedish camo M90)

Développé pour le camouflage des véhicules militaires suédois dès les années 1970.

Forêts tempérées, jungles tropicales, plaines, déserts (selon couleurs).

Motif composé de formes géométriques imbriquées, utilisé dans des environnements variés.